Masrah Festival

La charge du Rhinocéros, Théâtre La Balsamine & Moussem

de / avec

Production Moussem & La Charge du Rhinocéros
Supported by Wallonie-Bruxelles International

Masrah Festival
Moussem & La Charge du Rhinocéros
Théâtre La Balsamine 28 & 29.11

PROGRAMME:

28.11

15:00 - gratuit - en français
Ahmed Massaïa: introduction “théâtre au Maroc –  des origines jusqu'au XXIe siècle" + conversation avec Ahmed Massia

16:30 - gratuit - en français
Table ronde avec Ahmed Massaïa, le metteur en scène Mohamed Elhor et une comedienne du spectacle 'Solo'. Moderation: Soraya Amrani

20:30 - théâtre - 12/7 Euro - en français
‘Maman’ (je vois sans yeux et sans bouche je crie) Hamadi / La Charge du rhinocéros - voir ci-dessous

29.11

19:00 - gratuit - en français
Présentation du texte 'Donia' de Taha Adnan + lecture et discussion - voir ci-dessous

20:30 - theater - 12/7 Euro - en Arabe surtitré en français
'Solo' - Akoun Theater - voir ci-dessous

Moussem travaille sous différents formats dans un projet stratifié et à long terme à l’ouverture et à l’introduction d’un « nouveau » répertoire. Un projet qui reflète l’ADN de notre fonctionnement : le questionnement du canon artistique actuel et l’introduction de narrations vitales qui contribuent à façonner une nouvelle scène artistique.
Grâce à différents partenariats changeants, Moussem exploite son caractère nomade pour percer des structures existantes et jeter de nouveaux ponts. Sur les plans international et local, au-delà des barrières linguistiques et chemins tracés, nous sommes constamment en quête d’échange et d’une base commune.
En 2018, Wallonie-Bruxelles international fête une année Maroc. Dans ce contexte, nous avons collaboré avec notre partenaire bruxellois afin de présenter un festival de deux jours consacré au répertoire théâtral marocain. Un programme qui fait le lien entre auteurs, créateurs et public et qui lève le voile sur la pratique contemporaine du théâtre marocain. Le festival souhaite accroître les connaissances du terrain de chacun et favoriser un dialogue entre artistes belges et marocains. Un dialogue capable de contribuer à un répertoire futur partagé et commun. Le programme, composé de deux présentations, de lectures de texte et d’une table ronde, a vu le jour en étroite collaboration avec La Charge du Rhinocéros. « La Charge » est une maison de production bruxelloise qui se concentre sur l’échange avec la région du Sud de la Méditerranée et dont les caractéristiques spécifiques complètent le fonctionnement de Moussem. Vous trouverez le programme complet sur le site de Moussem.

‘Maman’ (je vois sans yeux et sans bouche je crie) Hamadi / La Charge du rhinocéros
28.11 20:00 Théâtre La Basamine

Hamadi est un artiste complet ; il est écrivain, metteur en scène et acteur. Au cours de ces 30 dernières années, il a influencé de son empreinte la scène théâtrale belge avec des textes forts à l’esthétique puissante et efficace. Avec ses créations précédentes « Papa est en voyage », « Barbarians », « Sans ailes et sans racines », Hamadi jette un regard clair et tranchant sur les thèmes aujourd’hui au cœur du débat.

Maman, c’est une histoire d’amour universelle et intemporelle, la plus vieille qui soit…
Maman, c’est cette figure qui vous marque au fer rouge. Une présence vitale dont on cherche à s’affranchir, mais dont on regrette déjà le départ trop rapide et pourtant inéluctable…
Maman, c’est cette mère immigrée, qui suscite l’admiration de son fils devenu adulte, mais qui a généré bien des moments de honte au petit garçon qui aurait tant aimé passer inaperçu.
Maman, c’est aussi cette ville qu’un jeune berbère marocain de 10 ans va adopter, à moins que ce ne soit le contraire...
Maman, c’est une kyrielle de personnages ancrés dans un terroir bruxellois, sa langue, son accent, sa jovialité et son syncrétisme.
Hamadi rend un vibrant hommage à cette ville et ses habitants anonymes qui ont émaillé son enfance et ont laissé en lui une trace indélébile.

SOLO – Akoun Theater
29.11 20:00 Théâtre La Basamine
D'après ‘La nuit sacré’ de Tahar Ben Jelloun

La pièce de théâtre « Solo » est avant tout une histoire et un témoignage sur la vie d’une femme exceptionnelle. C’est Zahra qui nous donne sa propre version des faits. Sa seule erreur ? Être née fille dans une famille qui espérait un garçon. Quand son père, le cadet de six frères et sœurs, la vit, il décida de tester le destin : elle allait vivre comme un homme et s’appeler Ahmed. Cet être asexué est aujourd’hui adulte. Au milieu de la vingt-septième nuit, sacrée, du Ramadan, son père décède. Sa fin approchant, il se repent et décide de libérer son enfant. C’est alors que Zahra commence une quête pour se retrouver avec elle-même, laissant derrière elle les vestiges d’un passé douloureux.

La saison dernière, l'auteur bruxellois Taha Adnan a été soutenu par Moussem pour écrire un nouveau texte de théâtre, Donia, qui sera présenté pendant le Masrah festival. Taha Adnan (1970) est originaire de Marrakech et réside depuis 1996 à Bruxelles.

Jeune trentenaire, Donia est la dernière d’une fratrie de sept enfants. Ses parents l’ont eu tardivement suite à une grossesse non désirée. Elle se sent non « intégrée » dans sa propre famille.
Le conflit culturel et intergénérationnel avec ses propres parents et l’absence de dialogue lui donnent l’impression d'être seule et abandonnée. Mais tout en restant constamment fliquée par ses frères et leurs amis ; détectives privés de scrupules. Une situation difficile à vivre pour une fille rebelle.
Après une tentative de suicide ratée, elle en sort avec une jambe plus courte. Une jeune femme qui claudique sur talons hauts, c'est sexy... et Donia le sait.
En quittant le foyer familial, elle prend la liberté de plaire, de draguer et de vivre sans contrainte. Elle fait la tournée des bars et des bistrots à la recherche de terrains de chasse, de lieux de revanche et d'affrontement.
Le texte veut tisser ainsi le lien entre passé chargé et présent compliqué d’une jeunesse en quête d’elle-même, de sens et d’une existence véritable dans un environnement socio-politique complexe et souvent hostile.

Extrait de Donia

Je ne sais pas qui a dit que les histoires n’arrivaient qu’à ceux qui savaient les raconter ?
Moi, il m’est arrivé beaucoup d’histoires même si je ne savais pas les dire.
Chez nous, on parle des histoires de grand-mères.
Moi, je suis née sans grand-mère. Ma seule grand-mère était ma mère. Une grand-mère qui manquait d’histoires.
Mes camarades parlaient de pères qui leur lisaient des histoires avant de dormir.
Mes parents, à moi, ne lisaient rien… Ni histoires ni autre chose, d’ailleurs.
Vivre au sein d’une famille nombreuse et se sentir seule est une chose qui a le goût d’une blague amère.
Avoir le sentiment que personne ne vous comprend, même la femme qui vous a expulsé au monde, équivaut à la perte.
Depuis le premier cri, je me suis sentie orpheline. Comme si c’était ma grand-mère qui m’avait enfantée. Ma mère, elle, n’existait pas.
La mère de Nadia l’accompagnait à l’école.
C’était une jeune maman qui portait des vêtements à la mode. Elle déposait un bisou sur la joue de Nadia en lui disant : « Je t’aime ».
J’enviais Nadia. Je souhaitais avoir une mère comme la sienne. Ou n’importe quelle autre que la mienne occupée, à mon détriment, à parler à mon père quand il était à la maison, ou à palabrer, en son absence, avec les voisines, dans des assemblées de médisance.
Avec les voisines, ma mère paraissait complètement différente. L’esprit admirable et amusé. La preuve : les interminables rires des voisines provoqués par ses paroles qui n’en finissaient pas.
Parfois, je la surprenais en train de leur parler de moi. J’ignorais au juste ce qu’elle racontait. Je ne savais pas si ça devait m’attrister ou me réjouir. Ce qui est sûr, c’est que j’aurais préféré qu’elle parle avec moi et non de moi… Au lieu de tirer la tronche chaque fois que j’essayais d’attirer son attention sur mon existence en commettant une gaminerie, l’une de celles qui font de nous des enfants.
Il semble que j’ai atteint tardivement l’âge des gamineries. Après que ma mère a perdu patience et qu’elle n’en pouvait plus de ces futilités.
1, 2, 3, 4, 5, 6… et enfin moi.
Après quoi ?
Après que ma mère a perdu la force de courir derrière moi.
C’est pour ça que j’ai été condamnée à m’asseoir à côté d’elle et à ne pas bouger.
Dès mon enfance, j’ai l’impression d’être en prison.
O mon dieu !
Pourquoi ça n’arrive qu’à moi ?!
Moi l’orpheline avant l’heure.
Pour moi, il y a le papa qu’on voit dans les films.
Le papa, le « papa » qui attend ses enfants devant l’école, qui les aide à faire leurs devoirs, qui joue avec eux avant d’aller dormir et qui les emmène au parc d’attraction le week-end.
… D’un côté, il y a le papa qu’on voit dans les films et de l’autre le haj Mimoun Ben Abdelkader !
La hooooooonnnnte !!
Vous ne supportez pas qu’on parle de son père comme ça ?
Je sais, nous sommes adeptes de la culture du secret. Contre celle de la confession.
L’Eglise leur a appris à confesser leurs péchés pour s’en décharger… et nous, nous taisons nos fautes et nous nous rendons à la mosquée pour prier Dieu de nous couvrir.
Eux, ils se confessent et soulagent leur conscience et nous gardons secrets nos actes jusqu’à ce que le sentiment de culpabilité nous tue.

théâtre / une co-production moussem

28/11/18 - 29/11/18